Bomarzo : Il Sacro Bosco

Dans le Latium, Bomarzo et son Bois Sacré

Le Latium, terre aux trois visages (étrusque, romain et médiévale) est une région riche en trésors naturels et artistiques, souvent négligée par les voyageurs étrangers, distraits par la splendeur de sa capitale : Rome.

Ici, nous parlerons d’un des trésors du Latium, le Sacro Bosco, parc initiatique juste à coté de Bomarzo, un bourg d’apparence médiévale mais d’origine antérieure à Rome elle-même, et non loin de Viterbe.

LE BOIS SACRÉ

Populairement connu sous le nom de “Parco dei Mostri” (Parc des monstres), ce site a été commandé, et certainement conçu, par le seigneur des lieux, Pierfrancesco Orsini (1523-1585), plus connu sous le nom de Vicino Orsini, et probablement initié entre 1552 et 1557 1.

Le lieu, imaginé comme une fusion harmonieuse entre Nature et Art (plus précisément sculpture), est exceptionnel et il est considéré comme le premier exemple européen de parc conçu comme une « représentation », avec un plan iconographique bien défini.

A la mort de Giulia Farnese, l’épouse bien-aimée de Vicino, il construit et lui consacra un “temple” surplombant le Bois Sacré, qui, pour certains représente la conclusion idéale du chemin, dont les étapes sont des sculptures en tuf ou en “peperino” – une pierre volcanique ici abondante – souvent accompagnées d’inscriptions rimées qui devrait révéler leur sens.

Parmi ces étapes, nous évoquons ici la célèbre Grotte-Orc avec l’entrée en forme de mâchoires grandes ouvertes, prêtes à nous dévorer, comme dans un rituel de mort et de renaissance, ou le Dragon attaqué par trois bêtes, qui ont inspiré différentes interprétations de style et de sens.

Bomarzo – Sacro Bosco – Grotta-Orco –

RENAISSANCE D’UN LIEU OUBLIE’

Le bois, abandonné pendant des siècles, a été redécouvert et restauré après la Seconde Guerre mondiale et depuis lors, il a fait l’objet d’innombrables études érudites et de diverses vulgarisations populaires.

Les interprétations de l’œuvre et de son parcours sont nombreuses et souvent contrastées (comme cela arrive souvent dans le domaine de l’art figuratif).

On a parlé d’analogies avec l’iconographie orientale, en trouvant des explications plausibles, de fortes influences flamandes ont été trouvées, elle a été considérée comme la réalisation architecturale d’œuvres littéraires érudites du XVe siècle (“Le rêve de Polifilo” ou Hypnerotomachia Poliphili de Francesco Colonna) ou des oeuvres plus célèbres comme “l’Orlando Furioso” de Ludovico Ariosto ou la “Gerusalemme Liberata” de Torquato Tasso.

Même sur le sens et la direction de l’itinéraire, différentes propositions ont été proposées.

Lors d’un séminaire international en 2017 parrainé par l’Université de Tuscia de Viterbe et avec la collaboration de la Sorbonne, toutes les analyses ont été reproposées et revisitées

Le seul point d’accord entre les experts reste l’analyse de la personnalité de Vicino Orsini rendue possible par l’abondante correspondance de ce dernier avec des amis et des proches, dans laquelle il évoque souvent le « bosquet bien-aimé ».

Médaille avec effigie de Vicino Orsini conservée au British Muséum

PIERFRANCESCO ALIAS VICINO ORSINI

Vicino était un représentant typique de la noblesse italienne de la fin du XVIe siècle.

Il fut à la fois érudit et guerrier : en tant qu’érudit, il est imprégné de littérature humaniste et de la Renaissance, mais avec, en plus, le goût du sublime et du fantastique typique du Maniérisme ( la période entre la Renaissance et le Baroque) ; en tant que guerrier, il fut engagé dans les principales batailles de la scène politique européenne de la fin du XVIe siècle.

Vicino l’érudit et le prince-guerrier Orsini, étaient tous deux conscients de la fin d’un monde et cette conscience voile de mélancolie son rêve de pierre.

En tout cas, son « bosquet » nous parle encore, avec le langage éternel et universel des symboles, un langage non verbal et non rationnel avec sa grammaire et sa syntaxe propres, qui se prête mal à une interprétation unique.

Et si les lectures proposées pour le Sacro Bosco di Bomarzo semblent souvent se contredire, il ne faut pas oublier que toutes les véritables œuvres d’art se prêtent à des niveaux de lecture différents.

LA MAGIE DES LIEUX

Mais, finalement, ce qui compte vraiment, c’est d’aller à Bomarzo, éventuellement un matin brumeux de novembre, comme cela m’est arrivé lors de la visite pour préparer ma première conférence sur Bomarzo, et de s’ouvrir à la magie évocatrice et féerique du Boschetto de Vicino.

Ce n’est que dans le silence des lieux (et loin de la saison touristique) qu’on finit par comprendre que le Bois était, avant tout, la création d’un homme qui aspirait à un refuge onirique, pour s’exiler d’un monde brutal et violent, et pour sublimer finalement, les douleurs de sa vie, et parmi toutes, celle pour la mort de Giulia, la femme tant aimée.

Bomarzo dans le brouillard – “Borgo nella nebbia” – crédit photo : 65frankie 

1. Le 1557 corresponde à la date où Vicino arrêta les combats pour se retirer dans son château, probablement à cause de la destruction de la ville de Monetefortino qui le marqua fortement. L’activité antipapale marquée de cette ville, qui actuellement s’appelle Artena, provoqua plusieurs destructions par les Papes, en 1526 (Clément VII), en 1543 (Paul III) et la plus cruelle en 1557, sous Paul IV, qui détruisit la ville, massacra la plupart des habitants et mit les survivants hors-la-loi. Puis il fit raser la zone habitée et accomplit le rite de labour et de semence de sel sur les ruines de la ville.

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